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vendredi, 17 mai 2019

Victoria revient sur son 1er semi-marathon sous insuline



 

Stressée et pas forcément au mieux de sa forme à une semaine de l’événement, Victoria* a tout donné le jour J. Accompagnée de sa co-équipière Alix et « chaperonnée » par Cyril Hedbaut (Irondiabetic), ses résultats ont dépassé ses espérances ! Elle nous raconte : 

J-7 : le stress, ennemi des diabétiques de type 1, se fait entendre

« Mes glycémies faisaient les montagnes russes, avec beaucoup d’hypoglycémies ! Impossible de les stabiliser, même sur quelques heures. Soit j’étais à 20 mmol/L, soit j’étais à 2-3mmol/L. Des résultats en dents de scie certainement liés au stress. Avec un planning professionnel et personnel chargé, cela n’a pas été facile de me détendre et de manger équilibré. A j-4, j’ai commencé à baisser mon insuline basale de 14.5 unités à 13 unités et essayé de bien compter mes glucides pendant les repas.  Je n’étais tout de même pas sereine pour mon dernier entrainement (4 jours avant le semi-marathon) qui fût difficile à gérer et donc décourageant moralement. Alors que les distances à parcourir étaient courtes, que ma glycémie était à 11mmol/L, je suis tombée à 3.0mmol/L au bout de 2km, une chute libre ! Cela m’a vraiment angoissé et je me suis dit que je n’y arriverai jamais. » 

J-3 : Se reposer et bien s’alimenter, pour que le corps se sente prêt 

« Pour mettre toutes les chances de mon côté, j’ai calmé la cadence et me suis reposée les 3 derniers jours avant la course, j’ai également choisi de manger souvent à la maison pour rééquilibrer mes glycémies et bien compter mes glucides. »

Au menu de Victoria : des protéines (viandes blanches) et des féculents (pommes de terre ou pâtes) pendant ces 3 derniers jours. 

« Avec ma co-équipière Alix, notre rituel la veille de chaque sortie longue est de dîner d’un plat de pâtes dans un restaurant des Eaux-Vives. Nous n’y avons pas dérogé la veille du semi-marathon et ma glycémie postprandiale était bonne. » 

La veille : s’assurer de partir avec le bon équilibrage de glycémie

« Mais pendant la nuit de samedi à dimanche, ma glycémie est remontée un peu trop haut, certainement à cause du stress, encore lui ! J’avais baissé mon insuline basale depuis plusieurs jours et selon les conseils de Cyril Hedbaut (et mes observations lors des entrainements) je savais qu’il ne fallait surtout pas m’injecter d’insuline rapide trop près du départ de la course. J’ai donc programmé mon réveil à 4h du matin pour me piquer une dernière fois si nécessaire, et heureusement : j’étais en forte hyper glycémie (17.6mmol/L), je me suis donc injecté 3 unités d’insuline rapide pour redescendre. » 

Jour J : stabiliser sa glycémie avant et tout au long des 21km 

« Au réveil à 6h, j’étais à 10.1 mmol/L. Un bon taux en vue de l’effort qui m’attendait, mais je n’avais pas encore mangé ! Et je ne pouvais pas partir le ventre vide… J’ai longuement hésité à m’injecter 1 unité d’insuline rapide en prévision de mon petit-déjeuner mais j’y ai finalement renoncé, de peur que cela n’impacte ma glycémie pendant la course. J’ai préféré attendre un peu, et 20 minutes plus tard j’étais descendue à 8.7mmol/L, je pouvais donc manger sans me piquer ! J’ai alors pris mon petit-déjeuner (environ 15g de glucides) et ma glycémie est montée tranquillement et s’est stabilisée à 13.5 mmol/L juste avant la course, parfait !  

Partir avec une glycémie trop basse c’était prendre le risque de faire une dangereuse hypoglycémie pendant la course, partir avec une glycémie trop haute c’était la garantie de me sentir mal pendant l’effort. Être diabétique c’est savoir jouer l’équilibriste ! »

Le semi-marathon : 2h36 de plaisir sans décrochage ! 

« J’ai réussi à rester stable tout au long de la course ! Sur les conseils de Cyril Hedbaut, je ne me suis pas re-sucrée aux étapes de ravitaillement, me contentant de boire beaucoup d’eau. Vers le 17èmekm, j’ai mangé un tout petit peu, je pense que j’avais besoin de me rassurer pour affronter les derniers kilomètres !  

Je suis finalement arrivée sans problème à la ligne des 21km, quelle sensation ! A l’arrivée, ma glycémie était stable à 10.6 mmol/L puis est légèrement remontée à 11.2mmol/L, conséquence de l’adrénaline du sprint final ?

J’ai été surprise de rester stable les heures suivantes, et de redescendre petit à petit à une glycémie normale de 7-8mmol/L, après un repas copieux durant lequel je me suis piquée normalement.

La récupération physique s’est très bien passée, mieux qu’après certains entrainements. Même si bien sûr j’ai des courbatures, je me sens en pleine forme ! 

Je garde un merveilleux souvenir de cette 1èreétape qui s’est extrêmement bien passée tant sur le plan physique que diabétique ! Cela m’a motivé et donné confiance pour la suite du programme... Dans 6 mois, c’est 42km qu’il faudra parcourir au Marathon de New-York ! D’ici là, je continue mes entrainements avec ma co-équipière Alix et avec l’aide Olivier Baldacchino (Perform). Cyril Hedbaut reste quant à lui un précieux allié pour me conseiller dans la gestion du diabète dans l’effort. »

* Victoria, 31 ans, est Directrice de la Fondation et diabétique de type 1. Pour gérer son diabète, elle est équipée d’un capteur Dexcom G6, utilise l’insuline basale Tresiba et l’insuline rapide Fiasp. 

 

Le point de vue de Cyril Hedbaut*, diabétique de type 1 et coach sportif spécialisé (Irondiabetic) : 

« Lorsque l’on est diabétique et que l’on se lance dans un sport nécessitant de longs efforts, comme un marathon, il est important de pouvoir s’alimenter toutes les demi-heures ou toutes les heures si nécessaire, pour compenser l’énergie dépensée. Sans oublier de s’hydrater !  

A force d’expérience, je sais pour ma part que j’ai besoin d’environ 30g de glucides / heure dans l’effort. Je reconnais comme Victoria l’incidence importante du stress sur mes glycémies : me sentant responsable du bon déroulement de ce semi-marathon, j’ai vu ma glycémie grimper à 13 mmol/L au départ de la course (je pars normalement avec 8-10 mmol/L), pour revenir à 8 mmol/L à l’arrivée. 

Victoria a très bien géré ce semi-marathon, portée par une détermination extraordinaire. Au niveau tactique de l’effort, nous avons choisi la sécurité : un départ tranquille, une cadence qui augmentait tous les 7 km pour finir par un sprint sur les derniers kilomètres. Côté gestion du diabète, avoir baissé son insuline basale était le bon choix, partir un peu haut (13,5mmol/L) était aussi un gage de sécurité pour son premier parcours longue distance. La glycémie est restée stable tout au long du parcours. Son léger re-sucrage avant la fin lui a permis de tenir et de s’offrir une jolie accélération pour le finish !

Si elles ont bien géré leurs glycémies, les personnes diabétiques se sentent souvent très bien après l’effort : l’insuline aide les muscles à stocker les glucides sous forme de glycogène et favorise ainsi la récupération physique.  Il faut tout de même compter 15 à 20 jours pour récupérer pleinement.

Le challenge de Victoria force le respect, c’est un bel exemple pour tous. » 

* Cyril est équipé d’une pompe 670 G Medtronic

 

Remerciements : 

"Je tiens tout particulièrement à remercier mes deux coaches Olivier Baldacchino (Perform) pour la préparation physique qui nous a amenées, Alix et moi, jusqu’à cette étape avec un suivi extraordinaire, et Cyril Hedbaut (Irondiabetic) qui nous a coachées tout au long de la course et m’a donné de bons conseils et réflexes pour gérer mon diabète. Merci également à ma co-équipière, Alix Bourdin, qui a téléchargé l’application Dexcom pour suivre ma glycémie elle aussi en direct, et qui, la vérifiait presque plus souvent que moi pendant la course ! Elle est mon ange gardien lorsque nous courrons et a toujours les bons réflexes et mots d’encouragements." Victoria Chmielewski